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Transmissions
Le choix de révérence comme intitulé de certaines propositions tend à souligner combien le zinzin artistique dépend du spectateur qui se présente.
Didier Trenet est le recours des velléitaires. Leurs défauts et leurs faiblesses deviennent ses qualités. Sa méthode est subreptice, voire sournoise. Usant de la familiarité, abusant de la proximité, il se laisse guider par le hasard et la facilité. Le foyer maternel, les cahiers d'éveil, la leçon de choses, les légumes du potager, les refrains de noces et banquets, la pompe orphéonique.
Didier Trenet tend un piège avec ce décor de rosière de village qui flatte nos ambitions de sous-préfet aux champs et nous ferait aisément sombrer dans le délire nostalgique et l'hystérie agricole.
De la pompe utopiste, avec ses érections d'autels dédiés à des divinités sulfureuses, à l'intimité gracieuse et avenante des dessins de Watteau, Boucher ou Fragonard, le XVIIIe siècle offre un large registre que Didier Trenet s'est largement approprié. Un hasard dirigé l'a conduit à fréquenter des cabinets de dessin où il a pu, à loisir, s'initier ou s'imprégner des sujets ou du style de ses maîtres. Il aime à en reprendre et à en imiter la matière, l'utilisant sans scrupules pour donner forme à ses thèmes de prédilection ainsi qu'à ses obsessions. En avouant et en revendiquant le pastiche, il s'en dédouane.
À ces facilités systématiques, Didier Trenet ajoute les richesses spontanées des onomatopées, la variété des interjections, les débordements de la ponctuation. Vers, poèmes, pamphlets, diatribes, les formes traditionnelles du discours se construisent selon l'art du remplissage et de la répétition. Les figures de la rhétorique trouveraient d'abondantes illustrations dans les tours et détours de ces sonnets futiles et de ces vers de mirliton.
Au "cahier de rédaction" succède celui de la "composition française". Didier Trenet, dans une exaspération hexagonale, veut en recenser, illustrer et épuiser les ressources. Le jardin est un lieu de prédilection pour pratiquer un art "à la française". Déjà, dans sa version familiale et sa conception potagère, il offre prise à une transmutation. Le carré de poireaux devient massif et l' "asperge du pauvre" peut enfin connaître sa réhabilitation, figurer à côté de la mandragore dans le champ couronné des plantes emblématiques.
Didier Trenet agit souvent en brocanteur. Dans le fatras des choses abandonnées, des mots oubliés, il fait de la récupération et bricole ses constructions verbales et ses installations paysagères.
Le tourlourou poursuit de ses refrains imbéciles les constipés des sinécures officielles. Ce recours exacerbé à l'euphorie des flonflons, aux débordements de fin de banquet, est la vengeance du populaire qui rentre par effraction dans les collections privées et vient piétiner les plates-bandes des domaines réservés.
Bernard MARCADÉ,
Publié le 2003-05-00
Source Texte : cpif (http://www.cpif.net)
Genre : édito
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Etienne-Jules MAREY (photographe), Didier TRENET (plasticien), Gérard LAPALUS (critique), Jean-Paul SARTRE (philosophe), Emmanuel KANT (philosophe), Martin HEIDEGGER (philosophe), Bernard MARCADÉ (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : cpif - http://www.cpif.net
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