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I Ka Nyè Tan



Sans aucune prétention exhaustive, l'ensemble de l'exposition nourrit des liens autour de la notion de portrait.


SEYDOU KEITA travaille en studio ; MALICK SIDIBE s'émancipe déjà de cette tradition ; Philippe Koudjina photographie d'une fête à l'autre dans les lieux publics sur le vif ; enfin ZWELETHU MTHETHWA, en couleur cette fois, a une approche contemporaine de mise en scène chez l'habitant. Ce dernier a réalisé un ensemble de travaux photographiques dans le cadre d'une commande sur le thème de la jeunesse en l'an 2000, à l'initiative du Ministère de la Culture et de la Communication.
Déplacements de temps et d'espaces, de pratiques et de rencontres au gré de quatre démarches photographiques africaines singulières.

SEYDOU KEITA
Bamako, 1923 - 2001

" Quand on est photographe, il faut tout le temps avoir des idées pour faire plaisir au client. C'est à force de travailler que j'ai trouvé les belles poses que les clients aimaient. On cherche à obtenir la position la meilleure, le profil le plus avantageux, car la photographie c'est de l'art : tout doit être " parfait" chez le client qui ne cherche d'ailleurs qu'à paraître sous ses plus beaux jours. Chez nous i ka nyè tan, en français, " tu es bien ainsi ", veut dire en fait " tu es beau ainsi ". L'art c'est la beauté."
Propos recueillis par André Magnin in Seydou Keita, André Magnin Ed., Scalo, 1997.

Les milliers de portraits réalisés par Seydou Keita constituent un témoignage exceptionnel sur la société malienne entre la fin des années quarante et le début des années soixante. Ces photographies sont devenues, au-delà de l'intérêt sociologique qu'elles représentent et de leur caractère "objectif", le témoignage d'une démarche intuitive et d'une précision extrême. Photographe de l'Etat Malien de 1962 à 1977, il expose pour la première fois en France en 1993, avant d'exposer dans le cadre du Mois de la photo à Paris, à la Fondation Cartier pour l'Art contemporain en 1994, et la même année au centre des premières Rencontres Photographiques de Bamako.

SEYDOU KEITA comprit dès 1949 l'enjeu que représentait la photographie. L'importance historique de son oeuvre réside dans le nombre et la qualité de ses clichés : jeunes, vieux, riches, pauvres, élèves des établissements d'enseignement de la ville, arrivaient apprêtés pour cet acte de première importance. Se faire photographier revenait non seulement à affirmer son propre personnage, mais aussi à jouer celui de la star à laquelle on s'identifiait. D'où le choix d'un certain nombre de signes extérieurs (habillements, coiffures, bijoux, sacs à main, Vespa, vélo Solex, etc.) qui permettent, aujourd'hui encore, de situer les époques auxquelles les photos ont été prises, ou de préciser les événements qui ont influencé ces époques. Keïta fournissait d'ailleurs une partie du mobilier, tandis que les intéressés apportaient les nattes, tapis et autres couvertures. Aux yeux du public, notamment féminin de Bamako et du Mali, c'est la valeur culturelle et artistique des photographies, résidant moins dans les signes extérieurs et les types humains que dans les vêtements, les coiffures, les bijoux et les colliers de perles.

ZWELETHU MTHETHWA
Afrique du Sud, Durban, Kazulu Natal, 1960, vit à Cape Town.

ZWELETHU MTHETHWA a grandi à Durban avant d'aller à Cape Town. Il est diplômé des Beaux-Arts (Michealis School) et a un MFA en Art de l'image (Roshester Institute of Technology, USA). Il photographie les gens qui vivent dans les bidonvilles. Il est professeur de photographie à l'Université du Cape.

La démarche de ZWELETHU MTHETHWA n'est pas documentaire. Il laisse ses modèles libres de choisir la façon dont sera faite la photo. Il suit un processus de création très dirigé, visitant des centaines de foyers, détournant des produits de consommation à des fins pratiques, afin d'élargir sa palette de couleurs vives.

Il compose toujours avec ces contrastes et mises en scène d'objets, mais seul le sujet décide de l'orchestration du processus : position, habits, lieu, arrière-plan, etc. C'est la relation entre les individus et leur environnement quotidien qui l'intéresse. "La plupart des photographes utilisent le noir et blanc lorsqu'ils travaillent sur l'habitat informel pour rendre une atmosphère sombre et maussade. J'ai choisi la couleur parce qu'émotionnellement il y a plus d'avantages. Mon objectif est de montrer la fierté des gens que je photographie. Je trouve d'une grande richesse les styles éclectiques et les matériaux bon marché utilisés pour le décor des maisons. "

MALICK SIDIBE
Soloba (Mali) 1936, vit à Bamako

MALICK SIDIBE entre à l'institut des Arts de Bamako en 1952. Le photographe français Gérard Guillart lui apprend la photographie dans son magasin de Bamako en 1956. A partir de 1956, il travaille dans son propre studio et réalise des reportages industriels et également sur les loisirs des jeunes Bamakois dont il aime l'atmosphère décontractée, cherchant à prendre des distances avec les règles traditionnelles de la famille malienne. Il est aussi connu pour ses qualités de réparateur d'appareils photographiques.
" J'assistais à leurs fêtes comme à une séance de cinéma ou à un spectacle. Je me déplaçais pour capter la meilleure position, je cherchais toujours les occasions, un moment frivole, une attitude originale ou un gars vraiment rigolo. (...) En reportage, c'est le verbe qui dirige le client. Il y a l'espace, l'ambiance, le public, le photographe n'est pas seul. Je disais toujours de ne pas me regarder. J'arrivais à capter des images incroyables. J'aimais la photographie en mouvement. "
Propos recueillis par André Magnin in MALICK SIDIBE, André Magnin Ed., Scalo, 1998.

Ces soirées durent jusqu'à l'aube et se poursuivent le dimanche au bord du fleuve Niger. Le " Studio Malick " devient le lieu incontournable de la jeunesse.
Son oeuvre est révélée aux Rencontres Photographiques de Bamako en 1994, puis l'année suivante à la Fondation Cartier pour l'Art contemporain.
S'ajoutera aux photographies dans l'exposition une projection permanente d'extraits d'entretiens filmés avec MALICK SIDIBE, réalisés par Jean-Paul Colleyn et Catherine de Clippel, (exposition Mali Kow, La Villette)

PHILIPPE KOUDJINA
Togo vers 1940, vit à Niamey (Niger) depuis 1962

A la fin des années 60, alors que s'annonçait le déclin de la photographie de studio en noir & blanc, que l'apparition des laboratoires couleur allait progressivement étouffer, un autre type de photographie voyait le jour : le reportage de proximité. Les bars, les boîtes de nuit, la vie quotidienne dans la ville était soudain capturés par les photographes. Ces artisans travaillaient à la commande et devaient aller vers leurs clients. Aujourd'hui encore, on les verra à l'affût. Philippe Koudjina a été l'un d'eux. Son travail marque nettement la frontière entre un simple travail d'artisan et le regard amoureux d'un homme qui aime sa ville et ses sujets. Arpenteur inlassable des nuits de Niamey, il emprisonna dans sa caméra les gens ordinaires comme les personnalités de passage à l'image de Pier Paolo Pasolini, la Callas, Claude François ou Johnny Halliday.

Philippe Koudjina est là pour toutes les grandes occasions, pour toutes les fêtes et pour toutes les nuits. Après s'être installé dans un studio en 1972, il préfère la photographie de reportage du Niamey-la-nuit depuis 1962, au gré des soirées animées et des rencontres nocturnes. Se succèdent la joueuse d'accordéon, les amoureux langoureux du Harry's Bar, les jeunes du quartier autour du phonographe du Tropicana, les anciens dans la cour de la concession éclairée au néon blanc. Il poursuit aujourd'hui son activité de photographe "ambulant " indépendant de bars en boîtes de nuit.


Source Texte : cpif (http://www.cpif.net)

Genre : exposition
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Seydou KEÏTA (photographe), Malick SIDIBÉ (photographe), Philippe KOUDJINA (photographe), Zwelethu METHETHWA (photographe),
Passage(s) : Centre photographique d'Ile de France Pontault-Combault 77340 ,
Source Artishoc : cpif - http://www.cpif.net

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